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10 mai 2004: 26 ans déjà que j'écris avec plus ou moins d'assiduité dans un "journal". Pour qui ? Pour quoi ?
Ne sommes nous pas tous faits de la même pâte ?
La page web consacrée à mon père m'a fait réaliser il y a peu que des sentiments, pour intimes qu'ils soient, n'en sont pas moins universels.
Aussi, à la faveur de la mode des 'blogs', et à l'orée de ma nouvelle vie de papa, ce "journal en ligne" va-t-il succéder au précédent.

Pour satisfaire aux règles du genre, j'ai adopté un ordre anachronologique, illustré mes propos de photos et de liens hypertextes lorsque cela était possible, et je me propose aussi de publier les commentaires qui voudront bien me parvenir sur  en précisant l'emplacement où ils devront apparaître.

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32 novembre 32 novembre 2009:
Depuis quelques semaines, j'ai entrepris de remanier en profondeur le code source de mon modeste site, et en particulier de ces pages de blog. L'idée étant de le pérenniser en l'adaptant aux évolutions du web. Aussi, je suis amené à relire tous mes billets depuis cinq ans et réalise du même coup, en même temps que les inévitables redondances et maladresses, toute la richesse accumulée à mesure que le chemin s'allonge...
Nos échanges d'aujourd'hui ne sont pas moins riches que ceux d'alors, et c'est toujours le même fil rouge que je suis depuis 2004: L'amour qui désormais tout comme tes peurs s'exprime avantageusement avec des mots, des dessins...
On a maintenant de vraies conversations avec toi où la philosophie prend sa place avec tant de naturel.
Entre le brossage des dents et le pyjama, tu me sors ce soir:
- Papa, je t'aimerai même quand tu seras mort. Toi tu aimes encore ton papa, et pourtant il est mort, hein ?
-Bien sûr mon chéri, la mort n'empêche pas de s'aimer.
Ainsi, jour après jour, ta personnalité s'affirme, tes raisonnements s'affinent et avec eux disparaît aussi une partie de ta belle innocence au profit d'une crainte nouvelle vis à vis de l'inconnu. Comme je te comprends fils, moi qui suis de nature plutôt pessimiste et n'ai en tout état de cause aucune confiance en l'Homme. Toutefois, pour toi j'essaie de me montrer confiant et porte ton attention bien davantage sur les belles réalisations humaines que sur la connerie sans limite dont peuvent faire preuve ces mêmes humains, en espérant que tu puisses judicieusement faire la part des choses lorsque tu seras plus grand...


20 septembre 2009:
Le retour de l'école est décidément un moment propice aux grandes déclarations. Depuis le récit des performances de ta maîtresse jusqu'à l'inventaire des insectes rencontrés en chemin, en passant par le choix, toujours délicat, de la plus belle fille de la classe.
Et voilà qu'hier, sur le chemin de la maison, tu déclares tout de go:
-Papa, je me suis pas encore décidé si je veux un petit frère ou une petite soeur...
Il est vrai qu'autour de nous, la plupart de nos amies ont déjà pondu leur deuxième oeuf, et conséquemment, tes camarades ont aussi presque tous un petit bébé à qui prêter leurs jouets ou mettre des baffes, selon l'humeur.
Première surprise: tu sembles avoir oublié le souvenir douloureux de ton petit frère Ege. Oublier les blessures du passé, peut-être est-ce là le cours naturel des choses, et je préfère, pour une fois, ne pas évoquer ce pauvre petit bonhomme malgré le sentiment diffus de trahir un peu sa mémoire.
Ensuite, avec cette question, en apparence anodine, tu viens de mettre le doigt sur un sujet des plus sensibles.
Entre le désir d'agrandir la famille et la hantise de revivre les instants terribles que j'évoquais plus haut, ta maman et moi ne savons plus trop que faire.
Une chose est sûre, c'est que le temps qui passe te rapproche chaque année un peu plus du statut d'enfant unique, miné que je suis par la crainte de reproduire un schéma parental défaillant avec un papa trop vieux.
Et puis merde, je m'en veux parfois de me prendre ainsi la tête avec ces considérations d'avenir. Ne nous combles-tu pas chaque jour de ton amour, et ne sommes-nous pas si heureux déjà tous les trois ?


17 août 2009:
Je garde le souvenir vivace de retours de l'école au pas de course pour arriver à la maison juste à temps pour le dernier épisode de Goldorak.
C'était le temps des RécréA2, des cakes aux pruneaux, des astéro-haches et autres cornofulgures.
Faute de mieux, je collais à l'époque l'enregistreur à cassettes audio contre l'unique haut-parleur du téléviseur pour revivre les facéties de mon héros préféré.
Aujourd'hui, on télécharge, on copie, on ripe comme des malades et c'est à la faveur de ces numériques artifices que tu découvres depuis peu Esteban et ses mystérieuses cités d'Or en prélude à tes siestes de l'après-midi.
Couchés l'un contre l'autre avec le netbook sur les genoux, tu vibres lorsque le fils du Soleil décoche ses flèches et affronte mille dangers tandis que je feins de mon mieux la terreur pour que tu me tiennes la main dans les moments critiques et me serres contre toi pour mon plus grand plaisir...


3 août 2009: memory
Dire que c'est moi qui ait insisté pour que tu prennes les cartes "Memory Nemo" plutôt qu'une énième moto de police.
La notice était pourtant claire: "Un jeu où les plus jeunes, et leur remarquable mémoire visuelle, sont souvent les meilleurs!".
Lors de nos parties quotidiennes, tu passes le plus clair de ton temps à inventorier ton butin en jouant avec ton nounours tandis que je ne lâche pas les cartes des yeux, essayant même de trouver d'improbables associations entre les numéros des cartes et leurs positions afin de mieux mémoriser les emplacements.
C'est peine perdue, on ne combat pas à armes égales, tu ramasses les couples de cartes comme si elles étaient transparentes et au bout du compte, le score est sans appel: 18/0; 16/2...
Mais je ne baisse pas les bras et à force d'entraînement solitaire, je parviens finalement à des scores un peu moins pitoyables de 6/12 ou même 8/10 très récemment.
Sans que tu t'en rendes vraiment compte, ni que cela ait l'air de t'affoler, le mythe de "mon papa c'est l'plus fort" vient de s'en prendre un sacré coup. Il faut dire aussi qu'à la bataille, je configure depuis toujours le jeu de façon à ce que tu aies en main les meilleurs cartes et remporte l'essentiel des manches...


25 juillet 2009:
Après de longues séances d'entraînement dans la baignoire puis en piscine, c'est aujourd'hui le grand jour:
La découverte des fonds marins !
La baie de Gundogan, c'est pas les Maldives, mais tout de même plus sympa que Palavas-Les-Flots où je chaussais pour la première fois palmes, masque et tuba à un âge notoirement plus avancé que le tien.
Car je n'ai pas eu, moi, la chance d'avoir un papa qui me suive dans toutes mes aventures d'enfant -il n'avait pas, au demeurant, la chance de travailler 18 heures par semaine et d'avoir 4 mois de vacances par an...
A la plage, une fois le parasol planté, mon papa à moi ne bougeait alors plus de son transat, me laissant seul découvrir le monde du silence.
Pour toi, la question ne se pose même pas, c'est main dans la main, résolument, qu'on explore nos premiers tombants.
Toutes les cinq secondes, tu me secoues et pointes ton index sur un poisson, un oursin, une moule, en criant d'émotion dans ton petit tuba. Et il faut bien dire que je me délecte de chacune de tes réactions mais reste de marbre lorsque tu demeures scotché sur un vieux bidon bétonné servant à amarrer les canots de passage.
Quoi qu'il en soit, tes lèvres sont déjà bleues et il est grand temps d'aller se réchauffer sur la plage.
Mais à peine ai-je ôté ton masque que tu vocifères en désignant le bidon:
- Mais papa, le trésor ! Pourquoi on ne prend pas le trésor ?! Le trésor !!
Le "trésor", il est vrai, est recouvert d'une épaisse couche d'algues et de mollusques qui le fait vaguement ressembler à un bidon d'amarrage...
Je saisis la balle au bond: - Mais on n'a rien pour l'ouvrir, voyons ! Il nous faut un sabre pour espérer trouver quelques pièces d'or. Sans plus attendre, je me précipite à la maison et reviens les poches lourdes de pièces jaunes et autres jetons de supermarché. Et en effet, notre prochaine expédition sous-marine est un franc succès: Tu rentres les bras chargés de pièces d'or que les pirates, dans leur précipitation, ont laissé échapper du coffre. Ton ravissement fait plaisir à voir: Te voilà confronté aux héros de tes livres d'enfants. Seulement, à défaut de trésor, je réalise un peu tard avoir ouvert une véritable boîte de Pandore car désormais, tu réclames chaque jour ton lot de pièces d'or et de pierres précieuses. D'aucun trouvent mon comportement un peu malhonnête envers toi ( ! ). Les mêmes sans doute qui, le 24 décembre iront farcir de jouets les petits souliers de leurs rejetons...


15 juillet 2009:
Lorsqu'en 1994, j'escaladais le mont Demirkazik avec des copains Turcs, je ne me serais alors jamais douté que je reviendrai quelques 15 ans plus tard dans ces magnifiques montagnes du Taurus avec femme et enfant.
A l'époque, nous portions évidemment tout le matériel sur nos dos.
Désormais, petite famille oblige, nous sommes escortés par deux chevaux et autant d'hommes qui s'occupent de tout -ou presque- dès qu'il ne s'agit plus de marcher:
A peine l'étape du jour bouclée, les tentes sont montées et le thé servi accompagné de lokoums avant même qu'on aie le temps de dire " ouf! ".
En ce mois de juillet, je partage ainsi pour la première fois ma passion de la montagne avec mes deux amours, ce qui change radicalement du farniente annoncé -mais ô combien agréable aussi - des tongs et parasols de Bodrum.
Nous retrouver tous les trois sous la tente au milieu des neiges éternelles après une bonne journée de marche a quelque chose de profondément insolite pour moi. Tout autant pour toi que de monter à cheval, pique-niquer tous les jours ou jouer aux boules de neige en plein été.
Tu garderas de ces escapades, je l'espère, le goût de l'effort, des grands espaces et de la nature, sources d'innombrables joies et remèdes à pas mal de maux.


20 juin 2009:
Comme la machine à pain nous fait des infidélités depuis peu, nous partons de bonne heure à la boulangerie ce matin tandis que maman roupille encore du sommeil du juste.
Juchés à deux sur la trottinette, tu gazouilles gaiement et moi je gère du mieux que je peux trajectoire et vitesse de l'engin.
Au moment de traverser le boulevard, le gazouillis s'est tu :
- Dis papa, pourquoi le monsieur il s'est jeté par terre ?
Sans quitter des yeux le flot de voitures en amont du passage piéton, je te lance un :
Mais quel monsieur, il n'y a pas de m... et c'est là qu'en me retournant mon sang se glace. Il faut bien te répondre quelque chose.
- Il s'est pas jeté par terre mon chéri, il s'est fait renverser par une voiture !
- Et pourquoi il bouge pas ?
- Il est mort mon chéri...
- Ah bon... On va l'emmener à l'hôpital pour le soigner alors...
- ...
Oubliant dans l'instant tous mes cours de secourisme, mon premier réflexe est de t'éloigner de cette scène macabre et de rentrer à la maison.
Mais bien entendu, rien ne t'a échappé et les questions ne tardent pas à fuser autour du thème: «qu'est-ce qui se passe quand on est mort ? » auxquelles maman tente de répondre de la façon la plus réaliste qui soit:
la boîte, la mise en terre ou bien l'incinération avec une seconde boîte plus petite...
Tu restitues le tout avec une étonnante précision avant de déclarer :
- Mais on doit bien s'ennuyer dans cette petite boîte...
Maman rajoute alors avec justesse, qu'en fait on ne sait pas bien ce qui se passe après la mort, que certains pensent que la vie continue, peut-être même dans un corps d'animal...
Voilà une réponse plus simpliste qui te convient mieux (ainsi qu'aux trois quart de l'humanité).
A l'occasion, faudra que je te parle de la pérennité des atomes.


la traversée sans retour
15 juin 2009:
Me croiras-tu, fils, si je t'assure qu'au moment de partir pour un fantastique week-end d'escalade, je suis pétri d'hésitations et de remords ?
Cette escapade dans les Calanques marseillaises était pourtant planifiée de longue date: 2500 mètres d'escalade en traversée pour contourner le plateau de Castelvieil, le programme a de quoi séduire, mais c'est toujours avec une pointe d'amertume que je m'éloigne du cocon familial.
Et pourtant, le soir au bivouac, après une journée de grimpe mémorable - parfois au fil de l'eau, parfois en pleine dalle ou encore en spéléo dans un boyau de la falaise - c'est votre présence lointaine à maman et toi qui rend ces moments encore plus magiques et fait les étoiles plus belles...
Sans vous qui matérialisez la douce certitude d'un amour qu'on veut bien croire éternel, ces plaisirs furtifs n'auraient pas la même saveur et inversement, sans ces petites aventures qui pimentent le quotidien, ma vie ne serait peut-être pas si belle et le bonheur de vous retrouver si intense...


18 mai 2009:
photo daniel Décidément, il est dit que cette année 2009 serait riche en apprentissages fondamentaux.
Après le vélo, la natation et avant l'écriture, la lecture, voilà que tu t'investis désormais dans la photo.
Avec toi, notre vieil appareil photo numérique retrouve une nouvelle jeunesse et c'est ainsi qu'à côté de nos photos de famille (essentiellement toi, au demeurant), apparaît depuis peu un dossier "daniel" contenant tes premiers clichés.
Les cadrages sont approximatifs, les contre-plongées toujours au rendez-vous et le flou de rigueur, mais les sujets photographiés, toujours décalés, nous ouvrent une petite lucarne sur la façon dont tu perçois le monde.
Quand je te vois cadrer le ciel ou viser une voiture à pleine vitesse, je me retiens de t'expliquer les règles élémentaires de la composition pour ne pas gâcher cette belle spontanéité.
Nul doute qu'avec un talent pareil, tu pourrais rivaliser haut la main avec les chiures de maîtres dont s'enorgueillissent les musées d'Art moderne de Vienne ou d'ailleurs.


20 avril 2009:
Tu m'excuseras pour la gamelle qui a suivi de peu ce cliché, mais il fallait que j'immortalise ce moment fantastique:
Tes premiers vrais coups de pédale ! Pas sur 4 ou 3, mais bel et bien sur 2 roues ! enfin sur 2 roues !
Lorsque je cherche dans la littérature des écrits concernant la bicyclette, je tombe systématiquement sur des récits soporifiques à la gloire de tel ou tel champion cycliste avec faits d'armes légendaires sur les pentes d'improbables cols alpins, mais rien sur l'engin lui-même, ce véritable miracle du génie humain qui par le jeu d'une subtile transmission, démultiplie les efforts fournis et permet à l'homo-sapiens de se déplacer plus vite en se fatiguant moins !
Car c'est bien là toute la magie de l'outil:
Si jusqu'à présent tu devais courir à mes côtés pour soutenir mon rythme de marche, voilà qu'en quelques jours, avec la maîtrise de cet objet fantastique, tandis que tu peines deux fois moins sur ta selle, c'est à moi de trottiner d'un bon pas pour me maintenir à tes côtés.
Tout est dit, c'est simplement génial. Comme à l'époque où tu passas de la reptation à la marche, le passage de la marche au pédalage aura tôt fait de bouleverser ta vision du monde.
Et tu te rendras vite compte que les quelques gamelles que tu vas inévitablement encore essuyer ne sont rien au regard des horizons sans limite que t'ouvriront bientôt cette incroyable machine...


13 avril 2009:
your friend Leo As-tu remarqué, mon chéri, que depuis quelques temps, je te serre plus fort contre moi le soir et t'embrasse avec davantage de fougue?
Tu souffles même parfois sous une avalanche de baisers: "oui, je sais, pfffff...tu m'aimes, tu m'aimes, tu m'aimes..."
Que veux-tu, mon amour, te dire, te montrer et t'écrire que je t'aime, c'est la seule façon que j'ai trouvée de conjurer ma peur du néant et de te perdre.
Autant de notions encore très abstraites pour toi tant notre amour te semble une valeur acquise à tout jamais.
Et comment pourrait-il en être autrement quand papa et maman constituent les bases inébranlables d'un monde à jamais pérenne.
Pourtant, quelques foutus grains de sable viennent parfois enrayer toute cette belle mécanique. C'est ainsi que Léo, ton "copain des montagnes" a perdu son papa.
Pas perdu comme maman Garenne qui a perdu son lapereau dans la forêt de Brigoulou, non! Car contrairement à maman Garenne, Léo ne retrouvera plus jamais son papa.
Emporté le Baloo, et mon collègue, et mon pote et tous les souvenirs heureux en commun balayés eux aussi !
Tu te souviens sûrement du défilé à la maison des vacances: La maman de grand-père est morte aussi, mais sans pour autant remettre si fort en cause ton petit ordre établi. Son papa également a disparu, quelques temps plus tôt, il était si vieux...
Mais que ton petit copain se retrouve sans papa, voilà un sacré pavé dans la mare calme de ta vision du monde.
Aussi, ta réaction ne se fait pas attendre: à peine as-tu compris ce qui se joue que tu m'envoies dans les dents un:
"Papa, t'es pas mort, toi ?".
Petit sourire crispé, je te caresse les cheveux en t'embrassant:
"Mais non mon chéri, bien sûr que je suis pas mort ! Allez, à ce soir, faut que j'y aille..."
Et je m'éclipse avant que tu ne perçoives ma voix qui déraille et mon regard qui flanche.
Mais de retour du lycée, je te retrouve et tu n'as pas pour autant tourné la page sur cet évènement déroutant.
Tu enchaînes les remarques et questions, les unes plus percutantes que les autres:
- Pourquoi Baloo il est mort quand Léo il est pas grand ?
- Dis papa, toi tu seras vieux très très longtemps toi, dis ?
- Moi j'ai de la chance, j'ai mon papa et ma maman...
Je ne fais pas preuve de beaucoup de finesse. Pariant que dissimuler la vérité fait plus de dégâts que de la dévoiler, j'essaie tant bien que mal de partager avec toi ma douleur et mon désarroi.
Mais comment t'expliquer, à quatre ans, sans te traumatiser, que tout le bel édifice qu'on construit jour après jour à force de leçons, de tours à vélos, de bisous et d'amour, tout ce bel édifice ne tient qu'à fil, et comme les cubes que tu empiles parfois dans ta chambre, pour un geste de trop, un souffle à peine, tout peut basculer si vite du bonheur à plus rien...
Et le plus triste dans cette affaire c'est qu'il n'avance à rien de rechercher du sens à tout ce qui arrive.
A part quelques objets à l'orbite parfaitement prévisible que je m'amuse à te faire découvrir en préparant mon coup sur heavens-above, le ciel est vide, hélas...


19 février 2009:
Hier encore je m'émerveillais des premiers coups de pédale sur ton petit vélo sans l'aide de personne. on the road again Aujourd'hui, soucieux de profiter au mieux de cet état de grâce inespéré, je t'entraîne pour une mini-randonnée à bicyclette sur le chemin des étangs.
Un bref tour d'horizon des principaux organes de l'engin et quelques conseils de rigueur, puis tu enfourches enfin ta monture. Afin de flatter tes progrès et ta nouvelle vélocité, je prends bien soin de ne pas te dépasser et fais mine de peiner sur mon VTT lorsque tu accélères le rythme.
Bingo ! Tu te prends au jeu et surpasses même toutes mes attentes lorsque tu décides de pédaler jusqu'à la mer ! Mais attention de ne pas en faire trop: il ne faut pas que ton enthousiasme retombe... Aussi, nous nous arrêtons fréquemment pour grignoter quelques carrés de chocolat, caresser les chevaux, pique-niquer ou pisser dans l'eau de concert.
Et à midi et demi, sans que tu réalises bien ta prouesse et la fierté de ton papa, nous voilà à Palavas dégustant une glace à la fraise au bord du canal.
Sur le retour, je te tire dès que je sens une petite baisse de régime pour ménager tes forces et ta motivation. Une fois à la maison, tandis que tu roupilles du sommeil du juste pour une sieste bien méritée, je me précipite sur GoogleMaps pour visualiser l'itinéraire et le kilométrage. 10 kilomètres pour une première sortie avec encore les petites roues stabilisatrices, c'est plutôt prometteur... Je cache mal ma satisfaction et mon bouillonnement intérieur...


Agrandir le plan


10 février 2009:
piou-piou Honte à nous misérables adultes, assis sur nos acquis, pétris de certitudes et incapables de nouveaux apprentissages. Ceci m'est apparu comme une triste évidence lorsqu'après une dizaine de jours seulement de vacances, tu dévales désormais les pentes enneigées, nages maintenant sans brassards et pédales à présent sans l'aide de papa. J'ai du mal à imaginer la prouesse que cela représente, moi qui ai du mal à taper des mains en rythme ou aligner deux pas de danse sans m'emmêler les crayons malgré les efforts répétés de maman pour faire de moi le cavalier qu'elle n'aura jamais...Il n'est qu'à voir ces enseignants en formation, pestant le matin même sur leurs élèves incapables de résoudre une équation du premier degré, pitoyables l'après-midi dès qu'on leur demande de quitter leur étroit domaine de compétence pour lire une phrase en anglais phelps ou attacher un fichier à un mail !
Et il n'est pas encore ici question d'activité physique, lointain souvenir de jeunesse chez la plupart des quadragénaires bedonnants.
J'échangerai bien une moitié de mon cerveau ramolli par l'âge contre un centième du tien bouillonnant de vie et de curiosité...
Heureusement qu'à travers tes yeux nous redécouvrons un peu chaque jour le monde avec le regard neuf qui fut le notre à ton âge.


15 janvier 2009:
oedipe Voilà quelques jours que je cherchais une idée de post originale pour débuter 2009.
Et puis comme par enchantement, tu viens me retrouver ce soir et de déclarer solennellement:
- Tu sais papa, je t'aime pas trop !
J'accuse difficilement le coup en restant pantois de surprise: Impossible de te gronder d'avoir été si franc, et pas moyen non plus de feindre l'indifférence; Mon émotion est visible à trois kilomètres.
De toutes façons, tu ne me laisses pas le temps de me relever que tel un boxeur appliqué enchaînant crochet sur uppercut, tu reprends de plus belle:
- Oui, moi je préfère maman...
Je bafouille quelques conneries moralisantes histoire de masquer ma déconvenue lorsque maman, qui a flairé une situation singulière, intervient.
Depuis mes limbes, il me semble la voir brandissant ta main droite vers le ciel et déclarer ta victoire par K.O. au premier round !
Je fais un gros effort sur moi-même pour ne pas me mettre bêtement à bouder. Tu réponds, je ne le sais que trop à l'appel de cette foutue Œdipe. Et pour parfaire le tableau, voilà que pendant le dîner tu évoques, hilare, le temps où papa sera un papy.
Oui, dis-tu, et après tu vas mourir !
Ma pédagogie a des limites, je ne sais plus quoi dire face à cette attaque en règle.
Je laisse maman gérer cette conversation délicate. Après tout, c'est elle qui a le beau rôle et aussi, paraît-il, le sens de la répartie.
Faut-il l'avouer, cet épisode tout prévisible qu'il soit, me plombe le moral et je me couche ce soir sans pouvoir m'empêcher de penser à l'horreur d'une vie privé de ton amour...

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