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my baby blog 1.0
Igor
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10 mai 2004: 26 ans déjà que j'écris avec plus ou moins d'assiduité dans un "journal". Pour qui ? Pour quoi ?
Ne sommes nous pas tous faits de la même pâte ?
La page web consacrée à mon père m'a fait réaliser il y a peu que des sentiments, pour intimes qu'ils soient, n'en sont pas moins universels.
Aussi, à la faveur de la mode des 'blogs', et à l'orée de ma nouvelle vie de papa, ce "journal en ligne" va-t-il succéder au précédent.

Pour satisfaire aux règles du genre, j'ai adopté un ordre anachronologique, illustré mes propos de photos et de liens hypertextes lorsque cela était possible, et je me propose aussi de publier les commentaires qui voudront bien me parvenir sur  en précisant l'emplacement où ils devront apparaître.

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derrière la vitre...
26 décembre 2005:
J'ai reçu il y a peu un e-mail d'une amie qui m'a passablement refroidi quant à la poursuite de ce "journal en ligne". Ne penses-tu pas, dit-elle, qu'une telle déclaration d'amour l'embarrassera lorsqu'il sera grand ? Et la pudeur dans tout ça ?
Aussi, depuis ce message, j'essaie d'être moins expansif dans mes sentiments, de m'attacher davantage à la description futile de tes progrès mécaniques qu'à cet amour qui, tel un raz-de-marée intérieur, me submerge chaque fois que je te serre contre moi. Cette nuit encore, vers quatre heures, tu t'es mis à pleurer -sans doute réveillé par un cauchemar ( je me demande à quoi ça doit ressembler un cauchemar quand on a un an...). Je te couche alors sur moi, la tête dans le creux de mon épaule et sens ton petit cœur qui bat la chamade contre ma poitrine puis se calme à mesure que le sommeil te rattrape. Sensation de plénitude. Le centre du monde il est là, tout contre moi...
J'aurais été personnellement ravi que mon père manifeste son affection par écrit. Cela n'a pas été le cas. Sa poésie à lui a pris la forme d'un fouillis hétéroclite à la Prévert, et cela me grise de réaliser qu'il a dû m'aimer aussi fort que je t'aime désormais...
On parle beaucoup en ce moment de Daniel Balavoine à l'occasion du vingtième anniversaire de sa mort sur le Rallye Paris-Dakar. Je me rappelle à ce propos du refrain d'une de ces chansons: "l'amour gardé secret ne sert à rien...".
Alors la pudeur dans tout ça ? Et bien je m'arrange avec elle...


18 novembre 2005:
Première traversée intégrale du salon par la voie normale. traversée du salon Dénivellation:
Environ 3 cm au passage de la plinthe.
Difficulté:
Itinéraire mixte avec alternance de passages sur carrelage, tapis, puis bois stratifié -traversée du tapis assez soutenue.
Le passage sous le meuble-télé est particulièrement exposé aux chutes de DVD.
La sortie avec franchissement de la plinthe et rétablissement dans le hall est assez athlétique.
Horaire:
Du parc au tapis, 3 mn. Du tapis au meuble-télé, 7 mn. Du meuble à la plinthe, 2 mn. Au total, 12-13 mn selon les conditions. Sieste possible sur le tapis.
Matériel:
Pyjama, chaussons de feutre, petit gilet en fourrure polaire.
Point de départ:
Parc à jouets. Départ possible du fauteuil au pied du mur Ouest, prévoir 2 minutes de plus.
Itinéraire:
Du parc au tapis, suivre les motifs du carrelage. Aborder la table, sur le tapis, par son pilier Nord et longer le tapis jusqu'au meuble-télé. Prendre 30 cm à droite puis traverser la plinthe. Retour possible en trotteur ou dans les bras de papa.



Tout va trop vite, je ne sais pas si je pourrai tenir le rythme longtemps:
Première paire de chaussures le 8 Octobre,
Premier tour à l'arrière de mon vélo le samedi 15,
Premier "papa !" bien à propos le 30 Octobre,
Premier 1/2 yaourt mangé seul le 2 Novembre -l'autre 1/2 yaourt étant répandu sur le sol de la cuisine.
Première peinture à la gouache le 4,
5 Novembre: première rando sur deux jours avec plusieurs amis, deux ânes et une nuit en gîte à la clef..
Première grimace humoristique le 10.
13 Novembre, Premier biberon bu sans aide -ou presque...
Et enfin aujourd'hui, premier anniversaire !

Comme souvent, ce genre d'évènement est l'occasion de se projeter un peu dans le passé ou le futur. Ainsi, il y a un an déjà, nous embarquions avec ta maman pour un voyage sans retour et la plus belle des aventures. On ne se doutait pas encore de tout ce qui nous attendait et il ne se passe pas une seule journée sans que l'on s'émerveille encore de tout le bonheur dont tu nous combles...

Bonjour,
je ne suis pas une copine, pas une élève, pas un quidam non plus en fait (ouverture du dico oblige...) plus maintenant car je m'appelle Emilie, j'ai 20 ans. Je cherchais des photos pour une présentation powerpoint avec des yaourts!!! Et je suis tombée sur la superbe photo du petit bout de chou qui mange un 1/2 yaourt! Du coup j'ai voulu agrandir l'image est j'ai découvert ce magnifique "Baby/Daddy" blog. Vraiment bravo. J'ai vidé mon corps d'une bonne partie de son eau, pour ces malheurs et ces bonheurs. Je pense qu'il n'y a rien de plus beau dans la vie que d'avoir des enfants même si cela peut être "dur" parfois, enfin je verrai bien ça un jour, c'est mon plus beau rêve pour le moment, avoir un enfant avec mon petit homme. Mais les études avant tout, ça coûte cher un enfant mine de rien! Mais que de détails. Encore bravo, moi je pense plutôt que votre fils sera très heureux en relisant ces lignes. J'en prends note pour mon futur. A bientôt je reviendrai sur vos blogs.
Emilie


2 octobre 2005: a baby on Mars
C'est aujourd'hui à 10 mois et 17 jours que tu as commencé à reculer...
Chacune de tes tentatives pour te maintenir à quatre pattes se soldant par un échec cuisant, la position allongée semble dès lors la plus adaptée au déplacement. Mais les chaussettes patinent sur le parquet du salon tandis que les mains adhèrent correctement. Ainsi donc, c'est parti pour une reptation en marche arrière.
Alors bien sûr, avec cette technique, tu mets 20 bonnes minutes à traverser le tapis en largeur. Mais à y regarder de plus près, c'est guère moins rapide que Spirit ou Opportunity, les robots de la NASA qui depuis bientôt deux ans ont parcouru seulement quelques kilomètres à la surface de Mars. Pour autant, ils nous ont fait découvrir monts et merveille sur la planète rouge.
Espérons que quand tu seras en âge de lire ces lignes, les missions habitées pour Mars seront à l'ordre du jour et que les Hommes auront enfin appris à vivre en bonne intelligence avec leur propre planète.
J'imagine à quoi pourrait ressembler l'angoisse sourde mêlée de fierté du papa suivant le décollage d'une fusée emportant son fils vers Mars. Ce sera peut-être toi... Ce sera peut-être nous...


10 septembre 2005: my best birthday...
Lorsque j'avais 19 ans, sur fond de crise d'adolescence tardive, je m'imaginais qu'en grandissant, la vie ne ferait que gagner en intérêt et en effet, on finit par dénicher un boulot épanouissant, par rencontrer ce qu'on pense être l'Amour et avec un sentiment d'invincibilité ridicule on prend mille risques sans penser un seul instant que sur l'un d'eux l'histoire pourrait bêtement s'arrêter là.
Mais on finit un jour par apprendre sans trop y croire que ce copain rigolard qui nous a initié aux joies du vol libre s'est tué en parapente... Et puis au fil des ans, on se surprend à s'ennuyer au boulot, un autre sale matin notre bel amour s'efface... On pense avoir touché le fond mais il faudra aussi bientôt quitter ceux qui nous ont élevés: nos parents ne sont pas éternels... En d'autres termes, malgré toutes les belles illusions de la jeunesse, la vie est tout sauf un long fleuve tranquille. Je me souviens d'ailleurs de quelques soirs de désenchantement à pleurer sur l'épaule de ma sœur et mes illusions perdues. Il me semblait alors que la vie était vaine, que les jours heureux étaient derrière moi.
Et pourtant, aujourd'hui, à l'heure de mes 38 ans, je crois n'avoir jamais passé d'anniversaire plus heureux que celui-ci, entouré de mes deux amours, avec pour seul programme de t'embrasser dans le cou en écoutant tes éclats de rire.
C'en est presque effrayant tant je crains que l'avenir ne soit pas si radieux...


24 août 2005: beurk
Une matinée sans toi, c'est triste comme un petit-dej chez Mc-Do.
Tu passes ce matin tes premières heures seul chez ta nounou. Profitez-en pour faire des courses, qu'elle disait.
Après le fameux petit-dej chez Mc-Do, nous sommes donc allés acheter des enceintes pour l'ordi, commander un congélateur chez Darty et écumer le rayon 'chasse et pêche' chez Décathlon. Ca tombe bien, y'avait des promos sur les boites de rangement pour asticots.
Contre toute attente, c'est le sourire aux lèvres que nous t'avons récupéré quatre heures plus tard...


12 août 2005:
vol des Jorasses Départ du refuge Boccalatte à 2h du matin, escalade de nuit, à la frontale. Inquiétude, sommes-nous sur le bon itinéraire ?
On passe une rimaye. Frissons lorsque le faisceau de nos lampes se perd dans le noir de la crevasse sous nos pieds. Le soleil se lève timidement, les sommets s'embrasent les uns après les autres. Encore quelques pentes de neige à gravir. Soucis, le sommet sera-t-il en conditions ?
Explosion de joie à 8h du matin après un décollage superbe de la pointe Whimper aux Grandes Jorasses -4200 m.

Le fond est bleu turquoise. La surface de l'eau au dessus de ma tête semble si loin et pourtant... La sensation est incroyable, démente, inattendue: je suis allongé au fond de la piscine d'Argenteuil, je suis libre de mes mouvements et respire pour la première fois dans un détendeur, comme si j'étais à l'air libre !

Après un long mois d'attente, c'est enfin pour aujourd'hui...
Passage obligé à la douche plus un coup de déo sous les bras et même une giclée de parfum dans le cou. Merde ! J'ai un gros bouton blanc sur le pif ! Plus le temps, j'enfile ma veste en daim et direction la gare. Le train a 5 minutes de retard, ça tombe bien moi aussi... Ça y est, il arrive... la foule se déverse en grappes indifférenciées sur le quai, puis se disperse lentement. Au loin, une écharpe rose surmontée d'un bonnet orange se dirige vers moi. Mon cœur s'emballe. C'est elle...

Tous ces évènements comme tant d'autres émaillent ma vie de souvenirs délicieux et éternels.
Mais rien, décidément rien n'est plus merveilleux que le sourire que tu nous offres chaque matin lorsqu'on se penche sur ton lit pour voir si tu dors encore...


9 août 2005:
Aujourd'hui, deux petites quenottes sont apparues sur ta gencive inférieure...
la parenthèse enchantée C'est fou notre propension aux "souviens-toi". Tu n'as pas encore 9 mois mon chéri que déjà avec ta mère on se surprend à évoquer le temps où tu dormais bras et jambes écartés à la manière d'une petite grenouille, l'époque où tu te réveillais encore la nuit pour manger et où je te faisais patienter en te donnant mon petit doigt à téter, blotti contre mon épaule, tandis que maman essayait de grappiller quelques minutes de sommeil de plus. Le présent est pourtant si merveilleux. Une chose est sûre, c'est qu'on se souviendra longtemps de cette année 2005, et de ce mois de Juillet en particulier comme d'une 'parenthèse enchantée' dans nos vies. Ta mère ayant fait une pause dans son travail, on part tous les trois en voyage dès que l'occasion se présente, c'est ainsi que tu as déjà été traîner tes langes au Maroc, en Autriche, en Angleterre et désormais en Turquie.
Tout cela me paraît d'autant plus fantastique qu'il est temps maintenant de dégonfler ta bouée, de ranger la bassine dans laquelle tu barbotes gaiement entre la bouillie de midi et la sieste de 14 heures, de ranger ton ours Igor et Sophie-la-girafe au fond du sac à dos et de boucler les valises.
En bref il est déjà temps de refermer la parenthèse...


30 juillet 2005:
biberon Dans la délicieuse routine qui s'est installée depuis près d'un mois, le biberon du soir est mon privilège. La tête bien calée dans la paume de ma main, tu bois ton lait goulûment, les yeux plongés dans mes yeux. A mesure que les millilitres défilent, tes paupières deviennent plus lourdes jusqu'à ce qu'une simple caresse du doigt entre les sourcils, à la naissance du nez suffise à te faire sombrer dans le sommeil. Dans ces moments là, j'ai l'impression d'une communion totale entre nous. Je ne pourrais pas être plus comblé, plus heureux. Pourtant mon bel amour, si je devais disparaître demain, tu n'aurais bien sûr plus aucun souvenir de ton papa. Plus aucun ? Pas vraiment puisqu'il y a ces lignes.
Je m'interrogeais récemment sur la raison d'être de ce 'journal'. En voilà une de première importance.


2 juillet 2005:
Touching the void Cela fait plusieurs jours que je suis totalement absorbé par la lecture du livre de Joe Simpson: "Touching the void". Il s'agit du récit saisissant de la première et dramatique ascension de la face ouest du Siula Grande au Pérou. Ce récit résonne en moi d'une étrange façon. Étonnamment, plutôt que d'être conforté dans mes choix de vie assez sédentaires, j'en arriverais presque à regretter mes 'vertes années' où j'enchaînais alors les sommets alpins avec une voracité sans égale et la conviction insensée d'être invulnérable. Quand je vois tes jolies cuisses potelées qui soutiendront bientôt tes premiers pas, mon bébé, je me dis pourtant que c'est moins que jamais le moment d'aller finir ses jours à l'ombre d'une crevasse.


22 juin 2005, Ankara: clin d'oeil du passé
Le bonheur, mon amour, que j'évoquais hier encore, est parfois soumis à rude épreuve.
Ton arrivée à Ankara fut accueillie dans une allégresse bien étonnante puisque les larmes versées, nous l'ignorions, étaient en réalité bien amères. Cinq heures plus tôt, en effet, le grand-père d'Istanbul -ancien pneumologue et fumeur invétéré- venait de partir lui aussi pour le fameux dernier voyage emporté -naturellement serais-je tenté de préciser- par un cancer du poumon. Décidément, je ne comprendrai jamais les fumeurs... La détresse et les sanglots de sa fille -noyés eux aussi sous d'épaisses volutes de fumée- font vraiment peine à voir. Ceux-ci, autant que la sonnerie omniprésente du téléphone me ramènent à un passé fort douloureux.
Heureusement que tes éclats de rire, tes pleurs, tes pets et autres borborygmes amènent un peu de vie dans cette maison frappée par le deuil.


21 juin 2005:
C'est aujourd'hui le grand départ pour la Turquie !
Là bas, la moitié de ta famille n'en peut plus d'attendre ton arrivée tandis qu'ici, à ma grande surprise, ta mamie qui n'est pourtant pas coutumière des grandes effusions sentimentales, sanglote de te voir partir. Et ta grand-mère d'évoquer le souvenir d'un voisin, sur le départ lui aussi, mais pour son dernier voyage, qui lui confiait: "c'est dur de devoir quitter ceux qu'on aime". Ces considérations, fondamentalement, me ramènent à l'essence même de ces lignes. Et moi dans tout ça, je ne sais plus à quel saint me vouer, la joie d'un nouveau départ, la tristesse de quitter ma mère ainsi... Une chose est sûre, à tes côtés mon fils, le bonheur l'emporte sur tout autre sentiment.


9 juin 2005: Igor et toi
Il est assez rare d'être pleinement conscient de son état. Bien souvent, ce n'est qu'après coup que l'on réalise son bonheur. Et Piaf de chanter: "Bonheur perdu, bonheur enfui...lorsqu'il était sur sur mon cœur, j'aurais dû crier mon bonheur..."
Hier pourtant, avec ta mère nous avons pris le temps de la réflexion pour admettre que jamais nous n'avons, elle et moi, été aussi heureux. Et comment pourrait-il en être autrement ? Tu es si charmant, si naturel... il faut te voir passer en une seconde des pleurs aux cris de joie à la simple vue de ton biberon. Désormais, tu parviens à l'attraper tout seul et à le porter à ta bouche. Mais tu n'as pas encore compris qu'il fallait l'incliner pour que le lait jaillisse...
Plusieurs fois par nuit, aussi, je me lève pour aller vérifier que tu es bien là. Je te trouve alors tétant une sucette imaginaire, la tête enfouie contre la bedaine de ton ours Igor.
Puisse le temps suspendre son vol et figer à jamais ces instants bénis...


20 mai 2005:
Ivan Noble Mon amour, je viens d'achever la lecture du 'blog d'Ivan Noble'. Il s'agit du 'journal en ligne' tenu par un journaliste de la BBC. La lecture d'un tel journal n'a rien de réjouissant: en 2002, ce gars a mon âge -37 ans, et son enfant ton âge -6 mois. On lui annonce qu'une tumeur cancéreuse foudroyante attaque son cerveau. Deux ans de traitement, quelques lignes sur le web, trois petits tours et puis s'en va: en Novembre 2004, il écrit ces dernières lignes: "time has come now..."
Putain, quelle chance j'ai de pouvoir envisager l'avenir sans trop de vilains nuages à l'horizon. Quel bonheur de penser à toutes les belles choses que nous allons pouvoir faire, ta mère, toi et moi. Et si, par hasard ou nécessité, tout cela ne se réalise pas, tu sauras au moins grâce à ces lignes que tu es, mon fils, la plus belle chose qui me soit jamais arrivée.


11 mai 2005:
Après plusieurs semaines de roulades en tous genres, aujourd'hui enfin mon amour, sur la table d'un restaurant et sous le regard médusé de tes parents, amusé des serveurs, tu parvins à te tenir assis tout seul. Chaque jour, c'est un ravissement de te voir découvrir de nouvelles postures, de nouveaux goûts -le yaourt est dernier en date. Et par dessus tout, je l'ai déjà précisé, tu fais fondre tous ceux qui te croisent par ton large sourire et tes yeux toujours écarquillés.


27 avril 2005:
Shoah Origines Mon bel amour, mon tendre amour, ma déchirure, mon impatience à te montrer les beautés du monde n'a d'égale que mon appréhension de te voir découvrir la barbarie des Hommes. A la faveur de ces vacances à Vienne, j'ai entrepris de visionner le monument cinématographique de Claude Lanzman: "Shoah": 9h30 de témoignages sur la plus grande aberration de l'Histoire. Ces témoignages m'ébranlent en profondeur et la mort dans l'âme, je ne puis m'empêcher de penser à ces bébés comme toi, mon fils, qui disparurent alors par milliers avant même d'avoir la conscience d'être.
Dans le même temps, je dévore un ouvrage magnifiquement illustré de Trinh Xuan Thuan sur les origines de l'univers, des astres, de la vie et de la conscience. Autant de splendeurs qui te raviront bientôt et te -re-donneront, je l'espère, confiance en la grandeur de l'esprit des Hommes.


19 avril 2005:
Tu me manques mon bébé, mon trésor d'amour, ma merveille ! la vie est tellement fantastique lorsque je la vois dans tes yeux que j'aspire paradoxalement à m'arrêter parfois, à prendre du recul de peur de ne plus me rappeler un jour de ces moments magiques passés avec toi.
C'est cette même démarche qui me poussa à la mort de mon père, à noter scrupuleusement ce que fut son existence, pour constater aujourd'hui qu'en effet, à part ces lignes, il ne reste vraiment plus grand chose de lui.
Mais toi mon bébé, tu es bien vivant, et il me faudrait une rigueur décuplée pour ne rien oublier de tes découvertes quotidiennes. Ainsi donc, depuis peu, tes gestes ont gagnés en précision: tu arrives désormais à retirer tout seul ta sucette de la bouche en tirant sur sa chaînette, tu tends aussi tes petites mains à la moindre sollicitation pour mieux appréhender ton environnement, tu as découvert aussi le cri strident qui rivalise maintenant avec les bulles de baves. Plus rigolo encore, les bulles lorsque maman s'entête à te faire ingérer ses sales petits pots "courgette-pomme de terre". Et merveille entre toutes: le sourire radieux dont tu gratifies le premier d'entre nous qui vient te tirer du lit au petit matin...


5 avril 2005: bivouac au col des Vieilles
Mon cher amour, mon tendre amour, je ne sais plus quel superlatif utiliser pour qualifier ce que je ressens pour toi. Peut-être tout simplement "mon amour", même si cette expression est tellement galvaudée qu'elle perd souvent tout son sens.
Après ma journée de boulot, hier au Vigan, je suis monté au "col des Vieilles" à bicyclette: 2 heures de balade dans la fraîcheur du soir à suivre le cours des ruisseaux frémissants, à traverser les villages Cévenols puis à voir se lever progressivement les cimes, puis les cimes derrière les cimes dans la magnificence des lueurs du soir. Là haut, une fois rejoint par une demi-douzaine d'amis, autour d'un feu, on a bouffé des pizzas avant de s'endormir sous les étoiles. Voilà une soirée superbe comme je les affectionne tant.
Cependant, depuis ta venue, mon amour, aucune félicité ne peut-être totale sans toi: Dans les figures des constellations, je ne vois que ta jolie frimousse et le coucou qui m'appelle, au loin, me rappelle inexorablement tes babiement délicieux.
Je ne peux m'empêcher d'espérer ardemment qu'un jour, tu goûtes et apprécies toi aussi cette vie "naturelle" loin des villes, des Hommes et de leurs excès.


21 février 2005:
J'évoquais hier le bonheur de t'avoir, mon fils, mais s'il me fallait être totalement honnête et objectif, il me faudrait aussi parler de la peur de te perdre. Je sais, cela peut paraître trivial car on sait tous de manière plus ou moins consciente l'issue de nos existences. Ainsi, j'ai pu surmonter la mort de mon père, et il m'arrive même d'envisager parfois avec un courage mêlé d'effroi, à quoi pourrait ressembler une vie sans maman. Je parviens malgré tout à penser à cela sans incompatibilité majeure avec ma propre existence.
Il en va tout autrement de toi, mon bébé. Qu'il t'arrive malheur et nos vies seraient brisées, à tout jamais, sans aucun espoir de rédemption. Je voudrais ne pas penser à tout cela, mais c'est plus fort que moi, quand le bonheur est trop intense, on a toujours peur que cela ne dure pas.


20 février 2005: bonheur
J'ai relu les premières pages de ce fichier avant de reprendre ma rédaction interrompue il y a quelques mois. Retrouver tous ces moments si frais dans ma mémoire, et pourtant déjà si loin, sentir ta respiration à mes côtés, endormi dans ton siège-auto et serrer tes petits doigts dans mes mains. L'émotion, le bonheur, la satisfaction de se dire qu'on ne serait nulle part mieux qu'ici et maintenant. Je n'ai pu retenir quelques larmes discrètes.
Tu remplis déjà tant notre quotidien qu'on en arrive parfois à se demander à quoi pouvait bien ressembler la vie sans toi et l'amour sans ton amour. L'amour, tel est bien la révolution que tu nous a apportée entre toutes. Le manque de sommeil, les maux de dos, le manque de temps pour les loisirs, tout ça, je pouvais légitimement m'y attendre, autant qu'à la fierté de devenir enfin papa. Mais ton amour m'a véritablement pris par surprise ! Je pensais en effet avoir déjà rencontré l'amour et en bon scientifique, cerné ses manifestations, diagnostiqué ses causes qui semblait-il avaient quelque chose à voir avec une communion d'idées, de sentiments, une attirance réciproque et un passage quasi-obligé par la case 'plumard'. Avec toi, mon bébé, mon Amour, rien de tout cela, et pourtant, jamais je n'avais ressenti un tel frisson en serrant quelqu'un dans mes bras, un tel malaise au moment de m'absenter, ne serait-ce que pour quelques heures, une telle plénitude à simplement rester là pendant des heures, à te regarder tirer sur ta sucette comme un forcené ou gesticuler maladroitement dans ton sommeil.


5 janvier 2005:
Je ne me suis pas encore habitué à ta présence, mon amour, que déjà, manifestement, tu n'es plus le même: d'ici peu, ta masse aura presque doublé, tes pleurs changent de jour en jour, ta peau, ton regard qui accroche le nôtre désormais et nous transporte littéralement dans les limbes d'une douceur sublime.

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