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10 mai 2004: 26 ans déjà que j'écris avec plus ou moins d'assiduité dans un "journal". Pour qui ? Pour quoi ?
Ne sommes nous pas tous faits de la même pâte ?
La page web consacrée à mon père m'a fait réaliser il y a peu que des sentiments, pour intimes qu'ils soient, n'en sont pas moins universels.
Aussi, à la faveur de la mode des 'blogs', et à l'orée de ma nouvelle vie de papa, ce "journal en ligne" va-t-il succéder au précédent.

Pour satisfaire aux règles du genre, j'ai adopté un ordre anachronologique, illustré mes propos de photos et de liens hypertextes lorsque cela était possible, et je me propose aussi de publier les commentaires qui voudront bien me parvenir sur  en précisant l'emplacement où ils devront apparaître.

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20 décembre 2008:
Mois après mois, nous rentrons dans une routine fort agréable mais ô combien lénifiante: dans la neige
L'école quatre jours par semaine puis l'éveil musical le mercredi matin suivi des cours de natation (petit bassin pour toi, grand pour moi). Enfin, nos randonnées le week-end et la visite aux copains.
Je ressens parfois le besoin de prendre un peu de recul par rapport à ce bonheur annoncé, de m'en éloigner quelque peu afin d'en prendre mieux conscience et de m'y replonger ensuite avec une délectation toute neuve.
Ainsi ce week-end, je pars en vieux trappeur, à ski dans le massif de l'Aigoual avec 10 kg de matériel sur le dos:
tente, duvet, karrimat, réchaud... afin de tester mon endurance, ma motivation et de jouir aussi de quelques délices devenus rares dans nos vies de citadins:
Faire sa trace dans la neige vierge, regarder au loin avec la douce illusion de contempler un paysage inchangé depuis des siècles, s'endormir avec le soleil qui décline en écoutant les bruits de la forêt et en pensant aux siens.
Et par dessus tout la solitude, luxe suprême de celui qui se sait attendu et aimé.
Pour tous les instants délicieux que je l'on partage avec ta mère et toi depuis quatre ans, je ne vous remercierai jamais assez, mes chéris; mais aussi pour ces moments sans vous que votre amour magnifie...


boite a mots 7 décembre 2008:
Ça fait déjà pas mal de temps que tu manies les langues avec une redoutable habileté. Ainsi, il m'arrive parfois de te demander, tout penaud, la traduction d'une expression turque que tu utilises naturellement avec maman.
En revanche, il n'en va pas de même avec l'écrit, car si tu reconnais sans problème toutes les lettres de l'alphabet, tu restes désespérément muet lorsque je colle sur le frigo le P et le A... point de PA à l'horizon. PAPA est encore loin...
Alors, mettant à profit la méthode dite "globale", on s'est mis à écrire puis découper des mots sur des bouts de papier pour alimenter notre toute nouvelle "boîte à mots".
Et là, Ô surprise, on accède presque à la communication écrite en juxtaposant les mots.
Alors bien sûr, ladite boite n'est riche encore que d'une vingtaine de mots -les fondamentaux: Daniel, maman, dinosaure, papa, aime, framboise... mais les bribes de communication qu'on échafaude ainsi sont plutôt prometteurs, et parions que tu n'en resteras pas là...


29 novembre 2008:
Désolé pour hier soir, fils...
A force de désobéissance, provocations et autres soupes à la grimace, ça faisait quelques temps que ça mijotait, fallait bien que ça pète un jour ou l'autre. faché pour de bon!
Alors hier, de retour de l'école, quand je te demande de ranger tes chaussures sous le meuble, fallait pas refuser aussi sèchement mon chéri. Et la tape que tu me donnes dans le dos, ce fut le geste de trop et tu le compris tout de suite.
Au seul regard que je te lance, tu fonds en larmes en te précipitant dans mes bras. Mais pour une fois, je ne baisse pas la garde et reprends de plus belle en haussant encore le ton.
Alors, tandis que j'énumère de mon air le plus sévère les nouvelles mesures de rétention qui t'échoient, toi tu me regardes abasourdi, l'œil encore humide et la narine frémissante, te demandant sans doute quand tout cela va finir...
Bilan des dommages collatéraux: un papa fâché pour de bon, les redoutables dinosaures de ton anniversaire confisqués, la tétine disparue et les dessins animés suspendus jusqu'à nouvel ordre...
Encore sonné par ce déferlement inattendu de violence, tu t'empares de ton livre d'animaux et prostré sur le canapé pendant plus d'une heure, tu tournes consciencieusement les pages arborant un air d'enfant sage que je ne te connaissais plus depuis trop longtemps.
Moi, feignant l'indifférence, je m'attelle à la préparation du repas, non sans te lancer des regards furtifs à la dérobée. Aïe ! Dans la foulée, je me tranche soigneusement le doigt en épluchant les légumes pour la soupe !
Un partout. Bien fait pour moi !
Si tu savais, fils, comme ça me déchire le cœur de te gronder ainsi, mais comme je te l'explique souvent, c'est parce que je t'aime que je dois te punir parfois.
Ça paraît bizarre mais tu le comprendras plus tard, tu verras, peut-être en lisant ces lignes...


autonomie 2 novembre 2008:
Comme souvent désormais, on se retrouve tous les deux en vacances tandis que maman travaille.
Pour ces congés de Toussaint, nous partageons une petite chambre dans une résidence auvergnate, entourés d'une bonne centaine d'autres marmots.
Cette seule perspective m'aurait fait frémir il n'y a pas si longtemps que ça, mais là, de te voir gambader gaiement au milieu de toute cette marmaille ou revenir seul du buffet collectif en portant fièrement la corbeille à pain a plutôt de quoi me réjouir.
En revanche, lorsque tu te caches au parc pour jouer les guépards à l'affût, je trouve ça beaucoup moins drôle. Pendant la presque-minute où je te cherche désespérément du regard, je sens mon cœur qui s'emballe tandis que dans ma tête défilent à toute vitesse les pensées les plus sombres, du rapport aux flics à la reconnaissance du corps, en passant par le coup de fil à ta mère... Mais heureusement, le cauchemar est bientôt interrompu par ta petite silhouette qui surgit toutes griffes dehors.
Oufff... ma vie peut continuer...
Décidément, tu sembles plus à l'aise que ton père en son temps, à emprunter le délicat chemin de l'autonomie.
Et à mesure que tu t'y aventures, avec un ravissement mêlé d'angoisse, moi je compte les années qu'il nous reste à te voir encore tirer sur ta tétine, baisser ton froc jusqu'aux chevilles pour le moindre pipi ou réclamer une main pour passer de la chambre au salon dans la pénombre.
Et les virées en ville tous les deux sur mon vélo ? Avec 20 kilos supplémentaires sur le porte-bagage, je crains que cela ne dure plus très longtemps...


29 septembre 2008:
Le mois de septembre n'a pas failli à sa réputation:
Grisaille, insomnies et petite déprime post-rentrée: Tout y est, les vacances sont bien finies !
Ta seconde rentrée scolaire fut moins mouvementée que la précédente même si tu te retrouves confronté une fois de plus aux grandes épreuves de la vie:
dragon Dorian qui te fout des baignes et cette peste de Cécilia qui ne veut pas jouer avec toi.
-S'il te tape, mon chéri, ne te laisse pas faire, tu lui donnes un bon coup de poing...
- Oui papa, Pchh... Vzzz... Paamm... comme ça !
- Très bien, oui, comme ça ! Et cette Cécilia, dis-lui que tu ne veux pas d'elle et part retrouver ta copine Lola !
- Oui papa, mais je l'aime Cécilia.
- Euh... Ah... bon... ben... Euh... Elle est gentille ta maîtresse ? La rentrée de papa ne fut pas non plus de tout repos, et il me faut encore un bon moral et pas mal de câlins pour trouver quelque motivation à fréquenter ma nouvelle usine - 3600 élèves, plus de 300 profs dont 35 rien qu'en physique...
Heureusement que dorénavant, aucune contrariété n'est vraiment sérieuse tant que maman et toi êtes là avec moi.

De ton côté, le retour à la maison a été l'occasion d'une petite régression puisqu'il nous faut désormais ressortir la couche pour le dodo et même pour la sieste.
Pour le coup, le dragon à deux têtes que maman t'avait offert naguère te nargue maintenant du haut de l'armoire et ne retrouvera le coffre à jouet qu'avec l'abandon du pipi au lit...

Comme la vie est compliquée parfois...


Mon Bambi 26 août 2008:
Peut-être la chaleur, l'humidité et sans doute aussi la mélancolie inhérente aux derniers jours de vacances.
La lecture des dernières pages de Bambi ce matin fut pour moi une véritable épreuve lorsque le Grand-Cerf se pointe et déclare solennellement:
- Mon fils, j'ai longtemps attendu ce beau jour...
... Gasp ...
- Moi, l'Ancien, je te cède la place et je vais disparaître.
Je marque une pause pour faire passer la boule qui se forme dans ma gorge avant de reprendre d'une voix chevrotante:
- Pense à moi, pense à ta mère et conduis-toi comme tu les as vu se conduire.
Mince, mon nez se bouche à présent... Et voilà l'autre andouille avec ses andouillers sur la tête qui en rajoute une couche:
- Voilà, fils, j'ai tout dit, Adieu...
Nouvelle pause - sur la bande d'arrêt d'urgence cette fois-ci. Non, je vais quand même pas me mettre à...
- Papa, c'est fini ?
- ....
- Papa, c'est fini ! ?
- Euh... N... Non...
Fort heureusement, tu ne penses pas à te retourner vers moi et agacé par mes silences répétés tu déclares:
- Oh ! Elle est pas drôle cette histoire aujourd'hui !
- T'as raison fils, il est vraiment pas drôle ce passage.
Attend, on va reprendre du début...


15 juillet 2008:
Depuis peu, les personnages du film Bambi sont à l'honneur: Bambi
A la moindre occase tu me sommes de sortir mes bois afin de nous livrer à un combat singulier avec force cris et coups de cornes. Dans cette comédie, tu t'attribues bien sûr le rôle principal, à savoir celui du prince Bambi en personne.
Et moi ? Le grand cerf roi de la forêt ? Que Nenni ! Tu m'adjuges celui de Ronno, le sale roquet qui convoite ta promise alias maman.
- Ronno, tu veux épouser Faline ?
- Oui (c'est dans mon texte.)
- Non ! Je vais te tuer ! Et bing ! Grand coup de cornes...
Je dois ensuite m'allonger et bien tirer la langue pour signifier ma déroute.
Tu te précipites alors sur ta bien aimée:
- Faline... je t'ai protégée, je vais te marier...
Et toi d'enlacer maman tandis qu'elle flatte ta ramure imaginaire de futur roi de la forêt.
Merci fiston, nul besoin d'un master de psycho pour saisir le message: "Bienvenue chez Œdipe !"

20 juillet:
Revirement de situation inespéré: Avec la découverte des " 101 dalmatiens", ton nouveau casting me propulse en papa chien bienveillant, toi en petit chiot perdu et maman récupère le rôle de... Cruella !


8 juillet 2008:
Tarkan Il y a quatre mois, quand ta mère s'est mise en tête d'adopter un bébé perruche "élevé à la main", je trouvais alors l'idée pour le moins saugrenue et refusais catégoriquement d'apporter ma contribution à l'entretien lié aux activités extra-véhiculaires du piaf.
Et au fil des semaines, à force de complicité et de courses-poursuites dans la maison, je me surprends à éprouver de plus en plus d'"affection" pour ce curieux volatile, au point d'ouvrir sa cage en premier lieu dès qu'on franchit le seuil de la maison ou de ne plus allumer la lumière lorsque l'animal sommeille...
Fort de cette considération, le bougre prend aussi de plus en plus de libertés, et c'est ainsi que je l'ai déjà sauvé in-extremis de la noyade suite à un plongeon dans mon verre tandis que maman, quant à elle, l'a retrouvé coincé dans le frigo!
J'ai presque honte maintenant de repenser à tout cela avec nostalgie. Merde, après tout, trente grammes de plume et une cervelle pas plus grosse qu'une cacahuète coupée en deux... Et puis avec toutes ces conneries, il fallait bien que ça arrive... Une fenêtre ouverte et le voilà qui disparaît et nous laisse là, plantés, comme des crétins.
Aux dernières nouvelles, un voisin l'a vu partir tout content dans une nouvelle maison. Voici tout du moins la version officielle qui t'épargne pour un temps la cruauté de son nouveau destin. Désolé pour le bobard, fils, on me l'a faite à moi aussi à ton âge.
Il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui encore, quand en soulevant une chaise quelques plumes s'envolent dans la cuisine, même si je m'interdis de verser la moindre larme, j'en ai gros sur la patate... Drôle de leçon... La prochaine fois, on essaiera le poisson rouge.


3 juillet 2008:
Nos vies sont émaillées de changements plus ou moins importants, mais toujours cela est source de richesse. Voilà je t'aimerais quand même ce que je me répète afin de me convaincre que ma nouvelle affectation me sera profitable. Dix minutes à bicyclette plutôt qu'une heure en voiture pour aller bosser, cela a pourtant de quoi séduire, mais ma tendance chronique à la nostalgie me fait pourtant déjà regretter mon ancien poste au Vigan, dans les Cévennes sur lequel j'ai tout de même passé douze années. Je repense aux virées à ski de fond, de nuit, aux balades en VTT à peine sonnée la fin des cours, à toutes ces soirées avec Ursula, aux baignade sous le vieux pont, aux bivouacs improvisés que l'on quitte au petit matin pour être devant les élèves à 8 heures et demie...
Fort heureusement, ce travers ne semble pas être congénital puisque toi tu as négocié sans encombre la dernière journée de ta première année scolaire. D'ailleurs, au vu de ton bulletin-bilan annuel, il semblerait que nous n'ayons plus trop de souci à nous faire par rapport à ton apprentissage de la vie en société.
A vrai dire, le challenge du moment serait plutôt de t'apprendre à bien distinguer la maison et la cour de récréation; tes petits camarades et tes parents qui eux n'ont pas vocation à subir tous tes cris et autres coups de pistolets à longueur de journée. L'apprentissage est parfois difficile, et si les fessées restent exceptionnelles, les mises au point sont bien plus fréquentes avec toujours ce désarroi qui t'envahit alors quand papa ou maman se fâche contre toi.
Reste alors l'essentiel à te faire comprendre: l'idée, pas évidente à priori, qu'on peut te réprimander sans que tu perdes pour autant notre affection. Que quoi qu'il arrive et en toutes circonstances, que l'on se fâche, qu'on te gronde ou qu'on te fesse, nous t'aimons et t'aimerons toujours.


1 juin 2008: héron cendré
Rares sont les clichés où tu te laisses véritablement surprendre par l'appareil photo comme ici aux côtés de ton amie Ursula.
Un héron cendré se pose sur un rocher tout proche, la surprise est trop grande et pour une fois tu m'oublies derrière mon objectif. La plupart du temps, dès qu'apparaît la lentille de notre 'Powershot', tu commences à faire le pitre, bien conscient désormais de l'importance de cet étrange boîtier.
Parfois aussi, avant même la prise de vue, tu te précipites vers moi en réclamant de voir la photo, ce qui donne des clichés pour le moins imprévus ! Lorsque je te vois alors visionner les films et photos de la journée le plus naturellement du monde dans le creux de ta main, je ne puis m'empêcher de penser -sans nostalgie aucune, pour une fois- à l'époque pas si lointaine de la photo argentique.
Me croiras-tu quand je te raconterai que peu de temps avant ta naissance, pour prendre des photos, il nous fallait introduire dans l'appareil un petit rouleau de gélatine imprégnée de bromure d'argent ? Et encore plus étonnant, pour voir le résultat on devait patienter parfois plus d'un mois avant de finir la bobine, la faire développer et tirer les photos sur papier...
Quelle que soit la technologie, je garde toujours ce goût pour l'image, support privilégié de nos plus belles tranches de vie. Ultime avantage du numérique: il me permet d'emporter partout un peu de toi et de notre bonheur de vivre...


20 mai 2008:
un an après Un an.
C'est long un an au regard des neuf mois qu'il faut pour passer de l'idée d'un enfant aux cris d'un nourrisson réclamant son dû.
C'est aussi diablement court aux yeux de la veuve qui se remémore son premier passage au pavillon des "chimios" un an plus tôt.
En ce qui nous concerne, c'est le temps qu'il faut pour passer des premières craintes à la suite d'une échographie suspecte aux résultats définitifs de l'autopsie du bébé, ce 7 mai dernier:
Deux heures de conversation face à un généticien spécialiste des fœtus et une psychologue égarée pour en arriver à une conclusion sans appel: on ne sait pas ce qui a bien pu causer l'hémorragie qui a mené aux dégâts que l'on sait.
Le dossier médical est donc clos même si pour ta mère et moi cette page ne sera jamais véritablement tournée avec toujours cette interrogation existentielle lancinante: Et si on l'avait laissé vivre...
Si la médecine ne nous avait pas offert ce choix fantastique: accepter un enfant lourdement handicapé ou arrêter sa vie juste avant la naissance.
Et parmi tous ces souvenirs les uns plus douloureux que les autres d'échographies alarmantes, d'IRM interminables, de psys, de neuro-pédiatres et autres gynécologues, il en est un qui reste pour toujours marqué au fer rouge dans nos mémoires. Non, ce ne fut pas insoutenable mais pas non plus un "instant d'infinie tendresse" comme j'ai pu le lire sur un blog. C'était la première fois que je tenais dans mes bras un corps sans vie, et il fallut que ce soit ton petit frère...
A évoquer cela maintenant, mon sang se glace encore à tel point que j'ai du mal à croire qu'on ait pu traverser une pareille épreuve et retrouver déjà le bonheur. Dans cette "traversée du désert", il faut bien dire que ta présence à nos côtés est le meilleur garant de bien-être, et à ce titre comme pour mille autres raisons, on ne te remerciera jamais assez d'être toi, mon amour.
Et ta mère, même si ces lignes te sont, à priori, destinées, comment ne pas évoquer ici son courage et l'amour pour elle qui, à travers cette épreuve, en sort encore grandi.


2 mai 2008:
Fort de mon emploi du temps d'enseignant, il n'est pas rare qu'on se retrouve tous les deux en vacances dans des endroits plus ou moins idylliques tandis que maman est au boulot.
Et il faut bien dire que je savoure à leur juste valeur ces instants de complicité redoublée où ton horizon passe invariablement par moi.
Mais ce plaisir égoïste a toujours un petit goût d'insatisfaction comme la pluie sur notre toile de tente ou ta glace au chocolat sans le supplément chantilly. Car notre bonheur n'est jamais si absolu que lorsque notre petite famille est au complet: papa, maman et toi rassemblés avec ce sentiment à nul autre pareil d'être en totale autarcie affective...


9 avril 2008:
Ce matin ta petite copine Ysé est venue te rendre visite. Après quelques démonstrations de cris de dinosaures, présentation des nouvelles voitures et déballage de caisses de jouets, on décide d'aller faire un petit tour à bicyclette.
bicyclette Quelle erreur... Du haut de ses quatre ans, Ysé enfourche son vélo sans petites roues stabilisatrices et démarre au quart de tour tandis que nous restons comme des empotés, toi campé sur ton vélo à quatre roues, les pieds posés sur les pédales en guise de reposoirs, moi penché sur toi à proférer des conseils qui finissent vite par tourner au vinaigre. Impassible et nullement affecté par les allers-retours incessants de ta petite amie, tu attends, comme d'hab, que papa tire sur la corde fixée au guidon. Prenant Ysé à témoin, je t'invite à tenter au moins d'enfoncer une pédale mais sans plus de succès. Je perds alors patience, me courbe jusqu'à terre pour actionner les pédales avec mes mains et m'emporte:
Comment veux-tu avancer si tu te contentes de rester assis sans rien faire ? Tu n'y arriveras jamais si tu continues comme ça...
-Papa, je veux descendre... je ne veux plus faire de vélo...
Mon agacement disparaît alors d'un coup et se transforme en une énorme confusion lorsque je surprends un drôle de rictus sur ta bouche et des larmes perler au coin de tes yeux. Comment ai-je pu être si peu pédagogue ? Je te serre fort dans mes bras et tente maladroitement de passer à autre chose: Hé, viens, tu vas montrer à Ysé ton costume de carnaval !
Je fais signe à Jeannie Longo que l'étape du jour s'achève maintenant et t'entraîne tout penaud vers la maison avec ton vélo sous le bras.
Quelques heures plus tard, au moment de la sieste, je tente de récupérer le coup en t'assurant que quoi qu'il arrive, je suis très fier de mon petit garçon. Tu esquisses un sourire et rajoutes: "pourquoi tu me dis ça papa?".
Ciel ! Tu as trois ans et demi désormais et ta perspicacité s'affûte apparemment plus vite que tes mollets...


15 mars 2008:
Après une soirée-télé bouleversante avec un film sur le génocide Rwandais de 1994, je passe une nuit cauchemardesque à me sauver que vous êtes belle... de la barbarie et tenter de te protéger des agressions et autres coups de machettes.
Moi qui fait des insomnies en apprenant qu'on t'a fait un croche-patte dans la cour de récré, imaginer qu'au prix même de ma vie, je ne puisse te protéger de la sauvagerie des Hommes me remplit d'un désespoir profond.
A quoi bon quatre millions d'années d'évolution, les concertos de Bach et quelques milliards de synapses si c'est pour en arriver à massacrer ses semblables ?
Dans ces moments là, j'en arrive à ne plus souhaiter te donner un autre petit frère tant l'espèce humaine me désespère... Cette question d'agrandir éventuellement la famille va pourtant bientôt se poser avec une acuité nouvelle.
Quel souvenir auras-tu plus tard de ce petit frère fantôme qui a tant marqué nos existences ? Quelques photos assurément que tu n'auras sans doute pas le courage d'affronter, comme la plupart de nos proches, nos récits et peut-être aussi le souvenir de maux de ventre ! Hier encore après une indigestion, les deux mains sur le ventre, tu révélais tes douleurs en ces termes: "J'ai mal au petit frère...".
Te souviendras-tu d'une histoire que je te racontais où il était bizarrement question d'un certain Daniel, de son petit frère Egée, d'une sirène et de parents affolés? La voici pour te rafraîchir la mémoire...


27 février 2008: Roarrrrr
Voilà plus de trois ans que je m'attelle à te présenter, mon chéri, comme un monstre d'amour et de tendresse.
Cela reste d'actualité, bien sûr, mais je ne serais pas tout à fait honnête si je ne mentionnais pas aussi désormais tes velléités belliqueuses.
Il faut te voir du matin au soir me courser avec des cris de tyrannosaure enragé. Moi qui ai préparé méticuleusement l'expo du zénith sur la préhistoire, tu n'en as, semble-t-il retenu que les hurlements de sauriens et les bastons d'australopithèques.
Dans le même ordre d'idée, je montais hier encore un superbe kit pédagogique représentant le système solaire en miniature. A mon grand dam, aucune planète ne retient ton attention, pas même Saturne avec son bel anneau translucide. En revanche, au moment d'accrocher le tout au plafond du salon, tu reprends espoir en t'emparant des tiges de suspension: sommes toutes, elles font de très bonnes épées, et nous voilà partis en un drôle de combat... interplanétaire!
Comment ne pas évoquer non plus l'anniversaire de ta petite copine Manon et ta surprise en pénétrant dans sa chambre: "Papa, elles sont où les voitures?". Aucun pneu alentours, ni même le moindre monstre vaguement préhistorique aux dents acérées. Rien que des poupées vêtues de rose et un château peuplé de princesses-playmobil... Désespoir... Mais il en faut plus pour arrêter mon petit homme bagarreur. Après quelques fouilles méticuleuses, tu débusques dans le château de la bouffonne au bois dormant, un prince muni d'un joli sabre très très dangereux. Il n'en faut pas plus pour réveiller le Jedi qui sommeille en toi, et entre tes mains, le gentil chevalier se transforme aussitôt en monstre sanguinaire qui zigouille sans attendre hommes et chevaux, sans oublier toute cette ménagerie de chochottes enrubannées !
Autant de détails belliqueux pour un petit garçon qui n'a -encore- jamais reçu de fessée, qui ne regarde aucune émission télévisée, et à qui on n'a jamais offert le moindre jouet guerrier.
Voilà qui m'oblige à revoir singulièrement ma copie concernant la théorie du tout-acquis que je défendais bec et ongle il y a peu.
Toutefois, ce soir, mon petit guerrier a déposé les armes. Seul avec papa dans un charmant refuge de Lozère, sans bagnole, sans télé ni radio, sans ordinateur ou téléphone, je retrouve mon petit agneau de lait. Dans la sérénité d'un monde en paix (le notre), nous nous couchons enlacés et tu me souffles à l'oreille: "Papa, toi tu me protèges de tout".
Bien sûr mon amour...


3b 2 février 2008:
Tes premiers pas sur un rocher ne t'ont guère plus ému qu'un simple tour de manège: on grimpe deux minutes et puis on passe vite à autre chose. La cueillette des herbes aromatiques et surtout le pique-nique ont sans doute plus retenu ton attention que ce rocher froid et ce baudrier artisanal inconfortable.
Pour moi en revanche, ces premiers mouvements d'escalade, aussi dérisoires soient-ils, ne sont pas anodins, tout comme tes premiers tours de pédale que j'évoquais plus haut.
J'imagine bien sûr déjà notre cordée "en flèche" avec maman dans les falaises sauvages des gorges de la Jonte, à croiser le regard perçant des vautours-fauves en vol. Pourquoi ne pas t'emmener aussi plus tard dans les gros dévers de l'éperon de la Bissonne à St-Guilhem-Le-Désert ou sur les parois ensoleillées des calanques marseillaises ?
Toutes ces perspectives, on s'en doute, me font vibrer d'excitation, mais dans le même temps, je ne peux cacher déjà mon inquiétude de t'imaginer risquer ta vie en montagne comme j'ai pu le faire adolescent.
Comment ne pas penser à mon ancien compagnon de cordée, Guilhem C. , passionné de montagne comme on peut l'être à 23 ans et qui finit ses jours au pied de la face Nord de l'aiguille du midi. Voilà que désormais je ne pense plus seulement à lui mais surtout à ses parents qu'on appelle au téléphone un sale matin pour leur apprendre que leur vie s'arrête là.


15 janvier 2008: dodo
Chaque nouvelle expérience pour toi est souvent pour nous l'occasion d'une redécouverte, et à travers tes réactions, ce sont des pans entiers de mon enfance qui remontent à la surface.
Ainsi, une fois au lit, lorsque tu me chuchotes à l'oreille: "Papa, met ton pyjama, brosse-toi les dents et dors avec moi beaucoup", je retrouve la jouissance lointaine de savoir le foyer réuni, la porte fermée à clé et les volets tirés jusqu'au lendemain.
Et quand je me glisse dans ton lit et qu'aussitôt tu poses ta tête sur moi pour prévenir tout mouvement de repli, c'est la main de mon papa que je retrouve serrée contre moi pour m'accompagner dans le sommeil, c'est les guilis dans le dos de maman, c'est la petite lumière au fond du couloir et plus tard le sandwich qui lestait mon cartable à m'en filer une scoliose.
Tu es couché sur moi, la tête contre mon épaule et ton petit ventre rond dans le creux de ma main...
Combien de temps encore pourrais-je goûter ces instants délicieux ?
Que les philosophes de tous poils arrêtent de chercher l'harmonie de l'Homme avec le Cosmos, je l'ai trouvée hier soir à 20 heures 45.

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